Le projet architectural du Nouveau Lariboisière

Le projet architectural du Nouveau Lariboisière

Par Brunet Saunier Architecture et Bernard Desmoulin, choisis à l’issue d’un concours par l’AP-HP pour la restructuration et l’extension de l’hôpital Lariboisière à Paris.

« Le projet architectural, répondant aux besoins aux exigences d’une médecine moderne, propose un hôpital ouvert sur la ville.

Le site, ouvert et accessible, viendra prolonger l’espace urbain, en rupture avec les imposants murs d’enceinte actuels. Les architectes, tout en respectant les bâtiments historiques les mettent en valeur par des constructions contemporaines décisives pour l’identité du Nouveau Lariboisière et son insertion dans la ville.

Volontairement apaisant grâce à de nouvelles perspectives, l’ensemble du projet Nouveau Lariboisière (reconstruction de Morax, réaménagement de Galien et construction du nouveau bâtiment Lariboisière) l’est aussi par ses espaces paysagers et le soin apporté au traitement de la lumière.

L’essentiel du programme prend place au Nord Est du site.

Dans le respect des contraintes urbaines du Plan Local d’Urbanisme, de restructuration hospitalière et d’articulation avec les bâtiments existants, le projet développe sur l’ensemble de l’angle Nord une emprise capable de se modeler en fonction des lignes de forces du site.

L’intention urbaine est :

    • vers Lariboisière, de s’ouvrir sur les peignes

    • de faire respirer la rue de Maubeuge

    • de s’ouvrir sur la butte Montmartre.

    • de créer un « évènement » à l’angle de la rue de Maubeuge et du boulevard de la Chapelle

    • avec un plan aéré, de faciliter l’implantation au sol ou en terrasse de grandes surfaces végétales.

    • ménager depuis la ligne aérienne du métro des échappées visuelles permettant de percevoir la constitution du site dans son épaisseur.

Le bâtiment est d’abord constitué d’un socle, occupant sur deux étages les limites de parcelle sur la rue de Maubeuge et le boulevard de la Chapelle.
Cette galette vitrée est marquée par deux « évènements » : l’entrée des urgences rue de Maubeuge et l’entrée principale sur le boulevard de la Chapelle.
Le socle participe également à la création au nord d’un nouveau patio s’inspirant de ceux délimités par les structures en peignes.
Absorbant les différences altimétriques entre le niveau bas de la rue de Maubeuge et le niveau haut du boulevard de la Chapelle, le piéton longera à l’angle des deux voies un ruban semi-enterré qu’il surplombera en cour anglaise. Ce ruban, boulevard de la Chapelle s’interrompt par de larges emmarchements (incluant une rampe pour les personnes à mobilité réduite)  qui aboutissent à l’entrée du nouveau Lariboisière.
Une serre prolonge le socle et accompagne l’espace véhicule de dépose minute.
Ce dispositif procure une image paisible et rassurante de l’accueil. Depuis le métro aérien,  les terrasses plantées du socle s’offrent au regard du voyageur. Les deux volumes de l’hébergement  se développent  à partir de cette surface végétale.

Constituant les parties émergentes du bâtiment, deux volumétries contrastées et identifiables répondent chacune à une situation urbaine précise. Creusées par de larges patios intérieurs, elles construisent ensemble la silhouette riche, et aérée du nouvel équipement.
Ces deux éléments se distinguent clairement : l’un s’étire et s’affine vers le boulevard de la Chapelle ; l’autre, au contact des bâtiments déjà existants de l’hôpital Lariboisière est plus massif. Il marque la nouvelle entrée de l’hôpital.
Les jeux d’imbrication, de frôlements ou bien de distance entre les nouveaux et les anciens   bâtiments favorisent à l’intérieur de l’ilot la recherche de lumière et l’introduction généreuse de surfaces végétales.
L’échelle imposante de l’équipement n’impose à la ville aucun effet de masse. Sans faire allégeance aux bâtiments existants de l’hôpital Lariboisière, le projet organise de façon courtoise et fonctionnelle  les forces en présence. Plus qu’un nouvel édifice c’est un nouveau quartier qui naitra de cette inversion de sens (sud/nord) qui permettra au Nouveau Lariboisière d’assoir naturellement son autorité.

S’il ne peut prétendre au statut de bâtiment principal, le nouveau Morax, venant en lieu et place de l’ancien, n’en est pas moins un édifice d’importance stratégique.
A l’angle de la rue Ambroise Paré et de la rue de Maubeuge, le nouveau Morax imprime au lieu une nouvelle image. Celle-ci traduira au sud l’immense transformation de l’hôpital du 19ème siècle et affirmera celle, tout aussi importante, de la gare du Nord.
Rue de Maubeuge, le nouveau Morax est séparé du nouveau Lariboisière par le Galien. Edifice typique de la seconde moitié du 20ème siècle, ce dernier est un bâtiment « lanterne » à l’intersection de plusieurs flux.  Il suggère au sud,  rue Ambroise Paré, le renouveau de l’hôpital réorganisé depuis le  boulevard de la Chapelle. Sa façade étirée sur la rue de Maubeuge, sera depuis la gare du Nord l’une des premières visions frontales du voyageur débarquant de Londres.
Le nouveau Morax, dans ce contexte bâti dense, va se déployer avec une simplicité de style. L’homogénéité de sa façade et de sa volumétrie dessinent une architecture qui gérera durablement les conflits architecturaux nés de collages de matières et d’époques différentes.

Les peignes, patrimoine modeste et seuls points d’ancrage physique entre les nouveaux et les anciens bâtiments de l’hôpital Lariboisière, doivent conserver leur apparence historique. Leur restauration extérieure sera scrupuleuse et ne sera pas altérée par leur fonctionnalité. Une attention particulière sera apportée aux menuiseries extérieures vis-à-vis des questions environnementales thermiques et acoustiques. Les volumétries d’origine seront restituées en supprimant tous les édicules venant contredire leur identité.

L’expression architecturale de l’hôpital Lariboisière aujourd’hui repose sur une modénature rigoureuse donnée en partie par le dessin simple et élégant de ses façades de pierre. Sans monotonie, le thème de la fenêtre est ici omniprésent.
La fonction hospitalière et plus particulièrement celle de l’hébergement impliquent la répétitivité d’un élément de façade sur une trame précise. Cela induit une réflexion sur le thème de la fenêtre, élément déterminant qui permet de façon contemporaine d’inscrire le projet dans une continuité contextuelle parisienne et familière. Une trame structurelle en pierre à l’épaisseur décroissante de bas en haut, lui confèrera  élancement et singularité.
Ce jeu perspectif s’inversera sur le bâtiment d’entrée qui effilera sa structure vers le bas. De plus, pour bien singulariser l’accueil principal, la façade ouest adoptera une apparence lisse prolongeant virtuellement en s’y réfléchissant la façade nord historique de Lariboisière.
La pierre écossaise de Burlington, choisie pour ses qualités de résistance, l’a également été pour sa couleur verte et grise donnant à l’édifice l’image d’un bâtiment sobre et pérenne.
Tout en manifestant son indépendance fonctionnelle, le nouveau Morax marque son appartenance à  l’ensemble hospitalier. Il reprend avec son enveloppe de verre, le thème de la fenêtre qui  recouvrira l’édifice dans le gabarit autorisé. Rue Ambroise Paré une large baie s’ouvre sur la rue pour  y accueillir une fonction conviviale dans la ville. »